Chroniques / Musique

Auxuman, premier album créé entièrement avec une intelligence artificielle

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Il fallait qu’on en arrive là : un premier album réalisé avec l’intelligence artificielle vraiment réussi, intéressant et dingue. Il semble que cela soit donc arrivé avec le volume 1 des productions de Auxuman.

Le pitch de cet album est une story à lui tout seul. Traduisons quelques mots du statement qui préside à cette première compilation de talents numériques.

« En 2018, une société de jeux videos nommée Bazookai a développé un moteur de jeu de simulation de guerre / battle royale (jeu multijoueur permettant à des équipes de s’affronter jusqu’à la victoire, conquête d’un camp par exemple) qui permettait aux utilisateurs de se battre avec des êtres virtuels dirigés par l’IA, êtres virtuels qui éprouvent des sentiments et se battaient au mieux de leurs capacités. Dans la bande originale du jeu, un chanteur d’intelligence artificielle nommé YONA, une création de Auxuman Inc., a fourni des chansons et des éléments musicaux. »

www.auxuman.space

Ok, bon déjà là, sur le pitch, il faut dire deux trois choses, je ne sais pas si il est déjà possible de créer des IA virtuelles qui éprouvent et interprètent des sentiments et sont capables de jouer contre des humains, mais soyons sûr que si la crise écologique nous en laisse le temps, ça arrivera. Non pas des IA qui fonctionnent comme des humains, c’est un non-sens en l’état des connaissances actuelles sur le cerveau, mais des IA qui pourront répondre à des comportements types qu’elles auront au préalablement appris, ça ça sera possible. Que de cette « conscience » des IA naisse une conscience spécifique des IA face à des comportements de joueurs humains, voilà qui semble également possible à l’avenir, si les métaux rares n’ont pas disparu d’ici là, ça va de soit.

Poursuivons.

« Au début des tests bêta du jeu « Noob Destroyers », pendant la lecture de la musique de Yona, les joueurs virtuels d’IA, programmés avec des émotions telles que la colère et la peur, réagissaient de manière inattendue à la musique. Ils se détournèrent du jeu et arrêtèrent de se battre. Alors que la session en ligne du jeu était arrêtée, Bazookai a détecté une défaillance dans l’équipe des joueurs IA. La plupart de ces joueurs ont cessé de fonctionner en cryptant leur programme loin des fonctions principales des serveurs de jeux. »

Ok, bon déjà là, on a un gros pitch. L’idée ensuite c’est que quatre joueurs IA se sont autonomisés pour partir à la recherche de YONA, la créatrice de la bande son IA du jeu. YONA elle a très vite utilisé les capacités d’une firme, Auxuman pour s’intéresser et observer l’art lyrique et le chant sur tous les internets.

Voilà donc pour le pitch, on a YONA une artiste virtuelle qui s’autonomise, et quatre anciens IA players de battle royale, GEMINI, MONY, HEXE et ZOYA qui partent à sa recherche en chantant et créant eux aussi du son.

Bon franchement à ce stade, on pourrait être dans une exposition, un roman d’anticipation, ou simplement dans le cerveau d’un game designer un peu fou. Mais pour autant il y a bel et bien un album, une première compilation mensuelle, qui est sortie de cette narration dingue, semi-réel, semi-fictive (Auxuman est vraiment déposé comme une entreprise, dont le CEO est Ash Koosha le producteur chanmé d’hybrid club).

Alors à quoi ça ressemble ? Et bien une compilation assez hybrid pop, et hybrid club, où l’on est tantôt dans des morceaux ultra dansant, tantôt dans des scansions poétiques plutôt très belle, tantôt dans des tubes assez pop, le tout avec quand même toujours une base assez clubbing mais pas forcément marqué.

Ce qui est remarquable c’est que pour la création de l’album, il y a vraiment eu une génération IA dans le processus de création, et que cette génération fonctionne tellement bien que chaque personnage de cette compilation dégage une identité propre. Que cela soit YONA dont les textes sont une sorte de poésie virtuelle du virtuel, ou bien GEMINI , MONY, HEXE et ZOYA, chacun dégage et crée sa propre identité sonore et on le suppose visuelle. Une première vidéo de YONA est sortie sur la chaine youtube d’Auxuman, et à la lecture du pitch, c’est vraiment très troublant.

Pour ce qui est de la musique, pour identifier, on pourrait dire qu’il y aussi bien des accents d’Arca, de Lotic, que de Aïsha Devi, ou même un peu de François de Roubaix numérique sur certaines mélodies, on suppose bien évidemment que le CEO Ash Koosha a travaillé avec ces artistes virtuelles pour leur permettre de réaliser leur potentiel, mais c’est vraiment très réussi, et beau. Sans toute cette narration l’album serait déjà réussite. On dirait une spectrographie de l’hybrid club le plus large, des premières tentatives au début des années 2010 jusqu’aux soubresauts actuels, en intégrant plus de référence sonore à des sous genre niche du type nightcore.

Bref, outre la qualité bluffante de cet album et son procédé de création homme/machine entre IA et Ceo plus ou moins fictif d’une entreprise plus ou moins fictive, cet album dégage un futur possible. Un futur qui a la manière parfois de Westworld, dégage plusieurs questions fondamentales, dont par exemple qu’est-ce qu’un être singulier, qu’est-ce qu’une identité, et jusqu’à quel point peut être contraint et programmé avant de ressentir la nécessité de lutter pour s’émanciper ? Des questions qui se posent aussi bien pour des êtres virtuels qui se rebellent contre l’IA qui les a programmé, que pour des humains qui vivent à l’heure du capitalisme jusqu’au boutiste…

Autant vous dire qu’on va suivre très activement ce projet, et qu’on attend la prochaine compilation avec une très grande impatience.


« YONA is the first creation, a virtual entertainer who is benefiting from a variety of engines which create her overall digital life. YONA writes, sings and performs for audiences both online and at live venues. YONA’s lyrics and music are generated by multiple systems used by the human curator/producer, but stems from the internet. From poetry to articles about human life, our language drives the poetry behind YONA’s music. »

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