Chroniques

Gabber Modus Operandi, et le gabber indonésien fut

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Bon, là on s’arrête un peu, on suspens ce qu’on est en train de faire et on discute sérieusement. SVBKVLT, l’excellent label de Shanghai, vient encore de sortir un album incroyable, on ne va pas faire la liste des dingueries que ce label plus qu’important a sorti ces dernières années/mois, mais je vous assure qu’il est bon d’aller y jeter des oreilles.

Bref, trêve de compliments, j’ai dit que là il fallait qu’on s’arrête.

Si je vous dis gabber indonésien, vous me répondez : « vas-y arrête tes conneries là ça suffit on sait tous que c’est un truc européen de lads sous ecsta ou de parisiens un peu nerd et fan de foot. » Bon soit, et pourtant…

Le premier album de Gabber Modus Operandi, HOXXXYA, dispo chez SVBKVLT

Gabber Modus Operandi vient bien d’Indonésie, et avec HOXXXYA même si on ne peut pas parler à proprement de gabber au sens strict on est quand même en plein dedans. Une bien belle chimère de gabber qui mélange, les influences des gamelan ces ensembles instrumentaux indonésiens, plus particulièrement javanais et balinais, où l’on retrouve beaucoup de percussions, notamment des gongs et autres métallophone, de métal et noise indonésien, de la scène rave de Denpasar (une ville sur l’île de Bali), du Dangdut (une sorte de folk pop indonésienne) et du happy hardcore indonésien. Bon alors ça faisait beaucoup de chose à assimiler pour écouter cette sortie, mais le voyage en vaut le détour.

En gros, ça cogne vraiment. Quand je dis vraiment, c’est genre vraiment. Mais vraiment pas juste avec de la basse ni du BPM. Il y a tout un travail un peu précis fait sur les morceaux, et notamment sur la construction mélodique et les niveaux des différentes couches de son. Par exemple dans le premier track qui sert d’intro un peu épique à l’EP « Genderuwo » si on tend l’oreille, en dehors d’une odyssée aussi épique d’un album de Koudlam, on peut distinguer des chants étouffés à la fois métal et plus tradi, mais aussi des motifs issus des gamelans, notamment des gongs. Le tout dans une ascension phénoménale parsemée d’une bonne tabasse.

On vous épargne la tracklist intégrale, on vous conseille d’ailleurs assez vivement une écoute au casque ou à fort volume, mais globalement HOXXXYA est une bombe. Sur les 8 tracks on prend des secousses vraiment bien fortes comme on peut l’aimer, et surtout c’est d’une inventivité désarmante. Les motifs happy hardcore, métal, gabber, gamelan ou dangdut se croisent à merveille pour produire des hymnes rave, qu’on serait pressé de voir dans un terrain vague, un sous-bois, ou un parking délaissé.

Encore une fois SVBKVLT nous déniche une pépite qui tend à montrer que les scènes asiatiques ne sont pas en reste en ce qui concerne le neo-club d’aujourd’hui. Et encore une fois avec Gabber Modus Operandi, on s’aperçoit si il fallait encore s’en apercevoir, que la mondialisation musicale et le capitalisme sonore ne sont pas les seules bandes sons possibles et uniformes. Les chimères indonésiennes sont en tout cas puissantes, et tracent peut-être une nouvelle voie où le local, en plus de hacker le capitalisme sonore, deviendra aussi global et viral qu’un tube pour supermarché, la joie en plus, la grisaille en moins.

Sans doute une des plus belles sorties tabasses de l’année, et si vous n’avez le temps que d’aller écouter un morceau et que vous souhaitez entrevoir les hybridations brillantes de Gabber Modus Operandi, on vous conseille le sixième morceau Calon Arang, où les gamelans construisent toute l’architecture sonore d’un tube « gabber ».

Après cette dinguerie une question persiste, à quand une internationale anarchiste révolutionnaire du gabber ?

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