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Douster aka King Doudou : une musique globale consciente de ses racines

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King Doudou ne te dit peut-être encore pas grand chose, mais Douster tu connais forcément. J’avais découvert le rude boy avec son EP sorti chez Sound Pellegrino au moment de la relative discrète déferlante house tropicale engendrée par Teki et Orgasmic, on devait être en 2009. Depuis, Douster a continué de travailler ses multiples influences et a sorti bon nombre de EPs, notamment chez Mixpak ou  Mad Decent, le label de Diplo qui a pour but de faire venir dans les clubs des musiques aux influences afro-caribéennes. Rencontre donc avec Douster, qui nous parle de son tout récent projet King Doudou dédié à une musique globalisée mais consciente de ses racines.

Couvre x Chefs : King Doudou tu le vois comme l’évolution de Douster ou alors vraiment comme une autre branche de ton travail ? Comment situes-tu ce projet dans ton évolution musicale ? 

King Doudou : Disons que je considère plus ça comme un espace ou je peux développer à plus grande échelle des styles qui occupaient déjà une bonne partie de mon travail. Par exemple, la mixtape Puerto de Palos avec Zonora Point ou l’EP de Dancehall Inna Style n Fashion que j’avais sorti sur Mixpak en 2013 peuvent être considérée comme des  projet King Doudou.
J’ai toujours produit beaucoup de musique dans des styles divers et variés, j’aime autant le Dancehall, la Cumbia, le Hip Hop, que la House , la Jungle ou la Techno Industrielle, c’est donc plutôt au niveau de la cohésion en tant qu’artiste que lancer un nouveau projet était important, ça me permet d’avoir plus de liberté en limitant mon champ créatif.

CxC : La première sortie de King Doudou c’est la mixtape « Pa tu pelopincho » avec le MC Marciano’s crew de BsAs, comment est né ce projet ? On veut en savoir plus sur ces piscines gonflables en plastique ! 

KG : J’ai rencontré Marcianos l’été dernier par le biais d’amis commun, j’étais à Buenos Aires pour quelque mois et je souhaitais enregistrer des artistes locaux. On s’est plutôt très bien trouvé et on a enregistré la mixtape en 2 ou 3 jours, j’avais déjà beaucoup d’instrumentaux et il est du genre à écrire très vite donc ca a pas été très compliqué : )
Au niveau de la thématique c’est bien simple, il fait très chaud l’été à Buenos Aires, l’air conditionné dans le studio était hors-service, c’est donc devenu assez rapidement l’enfer et on ne pensait qu’à une chose : sauter dans une piscine. Là-bas dans les quartiers populaires il n’y a pas grand monde qui a une vrai piscine mais ils utilisent tous ces piscines en plastique bleu et il les mettent devant la maison ou dans la cour… ça fait clairement parti du paysage de la banlieue porteña en été.


Pa tu pelopincho, la mixtape torride de King Doudou et du Marciano’s Crew de Buenos Aires

CxC : Comment s’est faite la connexion avec le MC Marciano’s Crew ? C’est un pilier du rap argentin de ce qu’on a entendu !

KD : Comme je te disais précédemment, c’est par le biais de mes amis de Zonora Point du Chili que j’ai connu Marciano, il rappe effectivement depuis plus de 15 ans. La scène rap en argentine est très très très underground, enfin, c’est très diffèrent de ce qu’on peut avoir en France ou aux US, ou même au Chili pour rester plus près. Il n’y a pas de rap à la télé ou la radio, même pas du rap américain. La plupart des rappeurs argentins affectionnent particulièrement le rap conscient des années 90 et ils opposent ça à la musique dansante de club, type cumbia ou reggaeton qui ne revendique rien. Enfin, tout ça est en train de changer et Marciano’s fait parti de ces rappeurs qui n’hésitent pas à rapper sur des thématiques un peu moins sérieuses et c’est ce que j’aime !

CxC : La mixtape est donc plutôt orientée reggaeton et dancehall, quelles ont été tes influences pour cette tape ?

KD : Oh l’ambiance était très « fête dans la piscine », du coup reggaeton, dancehall, rap… l’idée c’était de faire un peu comme les playero mix de DJ Playero de Puerto Rico, mais en un peu plus chill et moderne. J’ai quand même utilisé quelques riddims très classiques de dancehall (le Hot This Year riddim et le Bam Bam riddim). C’est ce genre de sons jamaicains  que mixait DJ Playero, avec des Mcs de Puerto Rico ou Panama qui toastaient par dessus, qui ont donné naissance au reggaeton au début des années 90.

CxC : Tu envisages expérimenter d’autres rythmes  avec King Doudou ? Un peu à l’image de  ce qu’on a pu lire : « la recherche du point commun entre la Cumbia Sud-Américaine, le Coupe-Decalé Ivoirien, le Rap du Sud des Etats-Unis ou le Funk Brésilien » 

KD : Évidement, il y’a encore plein de trucs à faire, que ce soit en s’inspirant de ce qui se passe ailleurs, ou en collaborant avec les acteurs de ces scènes. J’essaye autant que possible de me maintenir à jour niveau rythmes et je vais commencer a sortir une série d’EPs orientés vers différentes parties du globe .

CxC : Un premier EP de King Doudou arrive le 25 juin, avec une collab avec les homies Dengue Dengue Dengue, tu peux nous en dire un peu plus ? À quoi doit-on s’attendre ? Il y aura d’autres collaborations ?

KD : Du coup ouais, je commence le premier EP de la serie entre l’Argentine, le Chili et le Pérou. On a fait du rap avec Zonora Point, une cumbia bien turra (plutôt hybridée au reggaeton) avec Fauna, un genre de jungle ralenti avec Catnapp et évidement de la cumbia avec Dengue Dengue Dengue, il y’en a pour tout les gouts . Le truc avec Dengue Dengue Dengue c’est un truc de salsa ultra ralenti qui marche super bien en cumbia un peu psychédélique .

Ambiance toi avec le premier mix de King Doudou : KDMIX1 qui inclut déjà les prochaines tracks de son premier EP !

CxC : On a parlé du Marciano’s Crew de Buenos Aires, mais on avait déjà suivi ta sorti avec le rappeur Chilien de Zonora Point, James Manuel, pour son EP solo, Agua. C’était d’ailleurs la première sortie du crew de Mexico Naafi qui devenait officiellement un label… c’est comment la scène rap en Amérique latine ? Tu as des trucs chauds à nous conseiller ?

KD : Il y’en a pour tout les goûts, je pense que ça dépend beaucoup des pays, par exemple à Panama, Puerto Rico, ils ont une culture très US et suivent les tendances actuelles. Mais plus au sud, Pérou, Bolivie Argentine, le rap n’est pas très mainstream, c’est plutôt le reggaeton ou la cumbia qui sont les genres populaires numero uno. Alors évidement dans l’underground il y’a quand même plein de trucs bien, voici quelques liens dans des styles tres différents :

Dans le style beat instrumental, limite Détroit mais en fait de Buenos Aires : Rockfeller.
Dans un style trap actuel surcocainé les chiliens sont bons, avec C.A.S.OMarlon Breeze.
Enfin dans un style Beaucoup plus relax j’aime beaucoup le brésilien DON L.

CxC : Tu nous parles de ton expérience avec le ZZK crew ?

KD : Alors j’avais rencontré Grant (le fondateur du label) en 2006, j’habitais a Buenos Aires et je faisais des remixes de cumbia sur des beats de rap sudistes et inversement. Ça lui a tout de suite parlé, j’ai joué à une de leur soirée, puis on a fait une série de collaborations et de dates avec les chicos. Je n’ai pas sorti grand chose sur le label à part un EP d’inspiration Préhistorique Triassic, et quelques remixes. De leur coté ils se sont rapidement concentrés à créer un son cumbia digitale argentin et je pense qu’ils s’en sont bien sorti : )

CxC : On a déjà évoqué ZZK, Dengue Dengue Dengue ou encore Naafi… il y a une autre équipe avec qui tu voudrais travailler ou que tu trouves juste bouillante ? Que ce soit dans le courant cumbia digital, tropical, global bass ou pas d’ailleurs !

KD : Il y’en a plein, ces derniers temps j’ai écouté pas mal de mahraganat, un style Egyptien fortement poussé sur l’autotune et les gens commencent à le pousser un peu en Europe avec Cairo Liberation Front. Il y’a aussi Rinse (NDLA : la radio) qui à envoyé une congrégation d’anglais pour enregistrer des MCs locaux et je trouve que ca marche plutôt bien, Mumdance en a fait un mix en écoute ici. J’aime bien les initiatives qui tendent à confronter différents styles de musique, différents mondes. Je tiens d’ailleurs à saluer les labels comme Akwaaba qui crée pas mal de ponts avec l’Afrique de l’Ouest ou Man Recordings qui a été un des premiers défricheurs du baile funk brésilien.

Mixtape du Cairo Liberation Front

CxC : Tu étais en Amérique latin cet hiver, quand tu es là-bas tu fais quoi de ton temps ? C’est quoi ton gros kiff ?

KD : Oh je ne fais pas vraiment grand chose de différent, j’aime beaucoup les grandes ville comme Buenos Aires. J’ai en plus pas mal d’amis sur place qui réalisent des choses dans plein de domaines, ça m’inspire et je produis à chaque fois beaucoup de musique.
Ce que je préfère c’est m’imprégner du rythme d’un endroit, aller un peu plus loin que le paysage, les personnes, pour sentir les choses dans leur globalité, percevoir comment cet endroit fonctionne… bon c’est très flou mais c’est une sensation que j’aime bien.

CxC : Et en soirée tu as joué plutôt quoi ? Ça dépend des pays, des types d’évènement ? Prépares-tu différemment un set en Amérique latine d’un set en France ? 

KD : Effectivement ça dépend pas mal des évènements, si je joue dans une soirée house je ne vais pas mettre de la cumbia ahah, quoique ca m’arrive mais en règle général j’essaye de rester dans le contexte. Il y’a par contre pas mal de soirées qui sont nées ces dernières années et qui mettent en avant les expérimentations avec les  genre locaux, c’est plutôt dans ce genres de soirées que je vais passer mes hybrides. La différence principale avec la France c’est qu’il y a un esprit de la fête très libre, ça ne s’arrête jamais ! Il y a énormément de petits clubs, de fêtes ponctuelles dans des maisons, enfin plein de manières de s’amuser.

CxC : Quelle est la suite de tes projets avec King Doudou ? D’autres voyages à venir ?
KD : Je ne me suis pas encore décidé mais il est évident qu’il faut que j’aille en Jamaïque incessamment sous peu. Après j’aimerais bien aller découvrir des choses que je ne connais pas du tout comme l’Asie du Sud-Est par exemple. Je me rappelle un ami m’avait ramené un cd de pop cambodgienne et ils chantent avec une voix super aigu et beaucoup de tremolos, ça ressemble énormément au style huayno péruvien même si je doute que des indiens des Andes soient allé au Cambodge et inversement.

CxC : Le mot de la fin ? Une anecdote ?

KD : Mes anecdotes sont trop longues mais il faut continuer à s’amuser et rester curieux sur ce qu’il se passe dans le monde  c’est ce qu’il y a de plus important.

Suis les actus de King Doudou sur son siteFacebook et Soundcloud !
Premier EP à venir le 25 juin avec les collaborations de Dengue Dengue Dengue, Fauna, Catnapp et Zonora Point !

Et deux autres remixes pour continuer à t’ambiancer

BONUS : King Doudou nous a filé des petits dessins très cools de l’illustrateur argentin Ivan de Quilmes, avec qui il a travaillé sur quelques visuels. Les dessins représentent des turrosturras, un Gauchito Gil dans un style proche du tatouage tumbero et sont disponibles dans la galerie ci-dessous.

Quelques définitions pour toi lecteur de Couvre x Chefs, spécialement écrites par King Doudou :

Turros (n.m.) / Turras (n.f.) : C’est ce qu’on appelle je crois une « tribu urbaine. Des jeunes issus de quartiers populaires qui écoutent de la cumbia, s’habillent en sportswear plutôt coloré (faux Lacoste et Nike Shox en première ligne), ont des coupes de footballeurs et plein de piercings. Les turras sont leur pendant féminins et portent exclusivement la frange et des leggings genre léopards ou fluorescent ahah. C’est le public tres jeune qui va dans les clubs de cumbia, je crois que la mode a été lancé avec les wachiturros, ils ont appelé ça cumbia turra, le rythme est plus rapide genre reggaeton et il y a même une dance spécial turros.

Gauchito Gil : C’est le saint argentin le plus populaire que tout le monde prie. À la base c’était un gaucho persécuté par la police qui est devenu une sorte de robin des bois argentin, enfin je ne sais pas trop ce qui est vrai et ce qui fait partie de la légende.

Tatouage tumbero : La « tumba » c’est la prison, du coup c’est un style de tatouage de prison très sommaire, le plus connu c’est les 5 points (1 voleur encerclé par 4 policiers ou alors 1 policiers encerclé par 4 voleurs, ou alors 1 voleur entre 4 murs, il y a pas mal de significations). Quand il y a des noms du coup ils sont encadrés par des espèces de petites apostrophes, c’est très à l’arrache généralement.

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