Chroniques

« Socialism Core Value » d’Howie Lee : musique populaire chinoise vs. hybrid club

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Howie Lee’s SoundCloud description

Imaginez un peu, des chansons pop et des folk songs écrites à la gloire et en l’honneur du Parti Communiste Chinois.

Imaginez qu’un producteur de Pékin/Beijing se donne pour contrainte « d’éditer » ces chants épiques avec une matrice qui n’est autre que l’hybrid-club des internets.

Imaginez maintenant que, bien loin d’être kitch, cette démarche produise des sonorités absolument inédites et très contemporaines ?

Et bien, c’est le travail qu’a entrepris, Howie Lee, depuis maintenant trois opus, avec sa série Socialism Core Value.

Qu’est-ce que le Socialism Core ? Et bien ce qu’on pourrait apparenter à un genre à part entière nourri des chansons populaires de la Chine d’hier et d’aujourd’hui.

Mais il ne s’agit pas simplement de bootlegs ou d’edits au sens strict, c’est plutôt une réorchestration à la sauce club et expé’ des cinq dernières années.

Ce qui est intéressant c’est qu’Howie Lee réussit, avec cette contrainte, à donner corps à une véritable esthétique qui interroge de manière contemporaine un répertoire des plus classiques – qui à nos yeux d’occidentaux pourrait apparaître comme un folklore sans âge – à coup de clips post-mao et d’étranges danses qui nous sont inconnues.

Le décentrement, n’est finalement pas si loin des démarches que l’on connaît bien maintenant de l’hybrid club issu d’internet. Sauf qu’à la différence du néo-reggaeaton Bala Club, des edits NAAFI, ou des bootlegs de Rihanna, là le répertoire nous est complètement inconnu ou quasi.

La prouesse n’est pas que celle-ci, faire du contemporain avec ce qui peut nous apparaître le plus kitch du kitch, mais bel et bien sûr l’édifice des constructions des différents edits. Il n’est pas seulement question pour Howie Lee de pitcher, ou d’ajouter des lignes rythmiques : il y aussi un travail sur les vocaux qui défigurent, en un certain sens, ces chants populaires et rassurants décrivant l’harmonie des lendemains qui chantent tous les jours.

Défigurer les voix pour les rendre monstrueuses, hybrides, inquiétantes ou juste étranges, voilà quelque chose qui fait sens, et même sur-sens, dans le processus d’Howie Lee

Si cet opus s’attache d’une certaine manière à un travail plutôt issu des sonorités rythmiques de la « trap », on a pu, dans les précédents opus, retrouver des sonorités plus club ou ambient, avec toujours une constante néanmoins : la lourdeur et l’effet masse des basses.

Quelques ajouts de détails sonores bouclés pour déplacer la rythmique ou la mélodie, des filtres sur les voix, des contre temps, et des basses lourdes empruntés à tous les registres « club ».

Certains airs deviennent des hymnes disco, quand d’autres s’apparentent à un hip-hop bizarre, ou de la trap pure et dure.

Socialism Core Value III est donc le bel exemple des méfaits d’internet partout dans le monde : il hybride tout et réactualise toujours tout en permanence.

Des méfaits ou des traits de génie, c’est selon le point de vue. En tout cas ce Socialism Core Value, s’il venait à être décliner en genre plus étoffé, avec différentes approches et différents producteurs, mènerait sans doute à une épaisseur toute intrigante et inédite.

On vous recommande donc d’aller jeter une oreille bien attentive à ces matériaux des plus intéressants que sont les trois opus du Socialism Core Value par Howie Lee.

Une véritable révolution populaire !

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