Aujourd’hui, sur Couvre x Chefs, sort « Xayengko », le titre du producteur chilien fransia 98 à venir sur transmission continues: what was carried in silence moves the night, la compilation anniversaire de la plateforme polonaise Basy Tropikalne.
Fransia 98 : percussions fracturées depuis Valparaíso
Producteur basé sur les hauteurs du Cerro Mariposa à Valparaíso, fransia 98 s’est progressivement imposé comme l’une des voix les plus singulières de la scène club expérimentale latino-américaine. Actif depuis 2022, il explore les racines afro-diasporiques de l’Amérique latine à travers un prisme résolument contemporain, faisant dialoguer percussions fractales, collage sonore et structures polyrhythmiques qui résistent à toute catégorisation.
Avec « Xayengko », fransia 98 confirme son approche caractéristique : une palette épurée où la percussion fracturée porte seule la dynamique du morceau, laissant l’espace respirer et imprégner. Le titre s’inscrit pleinement dans l’esprit du titre de la compilation — ce qui a été transmis en silence, ce qui a voyagé sous les radars pour finalement faire bouger la nuit.
transmission continues : dix ans de Basy Tropikalne, un mouvement toujours en cours
Le titre de la compilation dit tout : Transmission Continues: What Was Carried in Silence Moves the Night. En dix ans, Basy Tropikalne a documenté, accompagné et amplifié des sons nés en Amérique latine, en Afrique, dans les Caraïbes et au sein de leurs diasporas — des rythmes qui ont voyagé bien au-delà des espaces qui les ont vus naître, passant par des scènes locales, des labels indépendants et des réseaux informels, avant de s’inscrire durablement dans le paysage électronique contemporain.
Cette compilation ne cherche pas à unifier sous un style fictif ce qui ne demande pas à l’être. Elle documente un processus partagé : persistance, lutte, vision artistique exploratoire. Le silence dont parle le titre n’est pas une absence — c’est la transmission souterraine qui précède toujours l’émergence.
Une tracklist pensée comme un espace, pas un genre
La compilation rassemble des artistes aux trajectoires très distinctes, tous reliés par leur rapport au dancefloor — chacun·e l’abordant par une stratégie rythmique différente. Parzubanil et OCTUBRXLIBRV poussent le dancehall et le reggaeton vers des territoires industriels et abrasifs. EL PLVYBXY livre un morceau maximaliste taillé pour les grandes salles, dans l’énergie brute du raptor house — une inspiration partagée avec Hidden Memory sur « Latido », taillé pour les festivals d’été.
À l’opposé, fransia 98 et Jaijiu travaillent avec des palettes minimalistes, laissant les percussions fracturées dicter seules l’élan du morceau. Cette direction trouve un écho dans la structure rapide et fragmentée de Funeral, dont « Orión » au registre footwork rappelle son classique de 2018, « Festividad ».
Des territoires sonores en constante expansion
La syncopation explosive de Dengue Dengue Dengue, les patterns tribal guarachero de Siete Catorce, la collaboration club d’Entrañas & Ene Ese, les accords mélancoliques et trance de CANDIE — autant de directions qui étendent le spectre stylistique sans jamais perdre de vue le socle rythmique. ANSIEDAD1000 introduit un moment imprévisible via un changement de tempo abrupt, holandês puise dans le baile funk, l’electro et le breakbeat, YVU déploie un design sonore hallucinant, et le Mauricien tripes apporte une piste onirique ponctuée de coups de percussion.
Deux remixes pour clore une décennie
La compilation se referme sur deux remixes. Nusmaïl (alias de B4MBA) retravaille Opo & Baba Sy dans une atmosphère dub plus sombre, marquée par l’esthétique du Jokkoo Collective dont tous trois sont membres. Le dernier titre est une pépite archivistique : le remix par DJ Nigga Fox de « Mbaye » de DJ Doraemon, censé paraître sur Basy Tropikalne en 2020 avant d’être perdu. Il refait surface ici comme témoignage de tous les fils, échanges et projets non aboutis qui ont silencieusement façonné l’histoire du label — ce silence, précisément, que le titre de la compilation choisit de nommer.
Une esthétique visuelle fidèle aux origines
La direction artistique revient à Bungalovv, collaborateur de longue date, dont le travail évoque visuellement le langage des premières sorties du label — une filiation avec la peintre polonaise Marta Chojnacka. Le format de la compilation rappelle lui aussi celui de la toute première sortie de Basy Tropikalne : un geste de continuité, non de nostalgie.
Les artistes présents ici accompagnent la plateforme depuis ses débuts. Leur contribution n’est pas un regard en arrière — c’est la preuve d’une transmission qui n’a jamais cessé, d’une nuit qui continue de bouger.
Pre-order transmission continues: what was carried in silence moves the night sur Bandcamp, sortie à venir le 29 avril sur Basy Tropikalne.


