Producteur, DJ, webjournaliste, podcasteur… Onelight est un artiste aux multiples casquettes. À l’occasion de la sortie de son cinquième album Autobody, mélange audacieux d’électronique expérimentale et de R&B/Hip-Hop contemporain, il nous raconte sa démarche créative, ses influences, ses collaborations et sa vision de la musique indépendante.
Autobody : un album entre électronique expérimentale et R&B contemporain
Comment présenterais-tu Autobody à quelqu’un qui ne connaît pas encore ta musique ?
Je présenterais volontiers ce cinquième album comme un mélange entre une musique électronique expérimentale et du R’n’B/Hip-Hop contemporain. C’est clairement mon projet le plus abouti.
Quelles ont été tes inspirations et influences pour ce projet ?
Elles sont toujours assez nombreuses. Il est évident que des artistes comme Sophie, AG Cook, Flume, Jimmy Edgar ou Machinedrum m’inspirent durablement depuis des années. Ce sont des artistes qui parviennent à inventer ou réinventer des styles musicaux en gardant toujours leurs singularités — il n’y a pas plus grande inspiration que cela pour moi. Et si on remonte un peu plus loin, c’est exactement ce que pouvaient faire des artistes comme J Dilla ou David Bowie.
Tu es DJ, producteur, webjournaliste, podcasteur… La production musicale est-elle le prolongement de tout ça ?
Absolument ! J’ai un insatiable besoin de créer et de partager, quel que soit le médium. La production musicale c’est non seulement le prolongement de ça, mais c’est un peu le niveau suprême. C’est vraiment génial de pouvoir créer un objet musical pour le partager au plus grand nombre. C’est aussi la démarche la plus compliquée et la plus prenante, évidemment.
Niches musicales : de l’underground au mainstream
Tu t’es produit au Musée des Beaux-Arts de Draguignan autour du « Dutch rare groove ». Quelles niches musicales te passionnent aujourd’hui ?
Les niches musicales ont façonné mon parcours en tant que DJ depuis la fin des années 2000. D’ailleurs, pas mal d’artistes de ces niches sont devenus de très gros artistes — comme Flying Lotus ou Hudson Mohawke, qui viennent de la Beat Scene/Wonky et ont ensuite travaillé avec Kendrick Lamar, Lil Wayne ou Kanye West. Ce basculement de la musique de niche vers le mainstream m’intéresse énormément. Dernièrement, il y a eu toute la clique de Fractal Fantasy avec Zora Jones, Sinjin Hawke ou Xzavier Stone, et évidemment Fade to Mind avec Kingdom. C’est extraordinairement inspirant.
La construction d’un album à l’ère du streaming
Comment s’est construit Autobody — singles en amont, puis album, ou l’inverse ?
Le projet a commencé il y a plus de trois ans avec cinq titres. En avançant, je me suis rendu compte que les titres étaient vraiment très bons et qu’ils méritaient chacun d’être un single. J’ai pu rajouter quatre titres pour en faire un album à part entière. Le fait d’avoir sorti quelques morceaux en amont me permet de les faire vivre le plus possible — c’est tellement long de faire des morceaux chantés que je souhaite qu’ils soient visibles au maximum.
L’album reste-t-il un format incontournable pour toi ?
Ça l’est, oui ! Pour créer un vrai univers, proposer un album reste pour moi un passage obligé. Surtout que mes albums sont toujours un peu conçus comme des DJ Sets — ça me ressemble beaucoup. Ceci étant dit, je pense que désormais je vais m’atteler à sortir des singles forts uniquement, car travailler plus de trois ans sur un projet, c’est épuisant, coûteux et assez stressant.

Image, réseaux sociaux et intelligence artificielle
Produire du contenu visuel pour les réseaux, c’est autant de travail que produire la musique ?
Travailler l’aspect visuel est tout aussi prenant et intense que de créer la musique — voire plus, parfois. Aujourd’hui, en tant que petit artiste indé, on est obligé d’avoir de l’image, de la vidéo. Quand j’ai commencé en tant que DJ il y a 20 ans, c’était différent. Je le regrette — c’est épuisant et chronophage. Mais je pense qu’il faut vivre avec son temps. J’ai la chance de bosser avec Tayreeb pour tous les visuels et on s’amuse beaucoup. Aujourd’hui j’arrive à prendre du plaisir en publiant du contenu qui me ressemble — c’est le plus important.
Quel regard portes-tu sur l’IA en tant que producteur ?
On a pas mal utilisé l’IA pour les visuels de l’album et c’est un outil franchement renversant. Les possibilités sont inouïes quand on a des idées et une vision. Il faut bien sûr légiférer sur certains aspects, et c’est assez vorace sur le plan écologique. Mais en tant qu’outil, je trouve ça fantastique. Il faut juste se dire, comme pour toute nouvelle technologie, que nous en avons le contrôle, et pas l’inverse.
Collaborations : voix, rêves et projets à venir
Comment conçois-tu tes collaborations avec les vocalistes ?
Je fais appel à des vocalistes depuis mon premier album — une voix catchy sur une instrumentale expérimentale, c’est un combo que je trouve réjouissant. Ça partait à la base du fait que j’étais super fan des artistes en question. Aujourd’hui c’est plus une question de vibe et de voix qui collerait le mieux aux instrumentales. Dans tous les cas, pour le moment, ça se fait par email ou par DM, et les artistes me renvoient les pistes. J’aimerais beaucoup travailler en studio aussi — ça se fera peut-être à l’avenir.
Avec qui aimerais-tu collaborer ? Un titre en français, c’est envisageable ?
J’aimerais énormément travailler un titre en français — c’est un de mes objectifs depuis quelques années. Il faut que je trouve l’artiste qui va me comprendre. Il y a une nouvelle scène francophone tout à fait réjouissante. Côté artistes R&B, travailler avec Tinashe, Rochelle Jordan, Kwne ou Joyce Wrice me ferait grimper au rideau — ou un MC comme Aminé, ça serait dingue !
Et produire tout un album pour un autre artiste, de A à Z ?
Oui, bien sûr, j’y pense souvent, à vrai dire. C’est un travail monstre mais je suis sûr que ça pourrait être génial.
Onelight sur scène et en indépendant
Quelle serait la meilleure représentation live de ton travail ?
Vu la musique que je fais, avec beaucoup de titres chantés et rappés, le live serait assez complexe à mettre en place. Je suis plus à l’aise pour faire des DJ sets — ça colle plus à ma musique, comme peuvent le faire des Kaytranada ou Sam Gellaitry. J’adore faire des DJ sets et j’aimerais beaucoup jouer pour défendre mes projets.
Tu travailles avec une petite équipe autour de toi — un vrai label en miniature ?
Oui, je travaille avec une petite équipe exceptionnelle. Tayreeb et Eric Marine sont à mes côtés pour le mix, le mastering et le sound design depuis le début. Benjamin / Baron Rétif m’épaule pour le volet Publishing. Et je travaille toujours avec Alter K pour la distribution et l’édition. C’est un peu comme si j’avais un label — sauf que je ne sors que ma musique et je suis libre. C’est le privilège d’être artiste indépendant.
La suite : un nouveau single et peut-être un retour au micro
Des actus à venir à nous partager ?
Je prévois de sortir un nouveau single avant l’été. Le titre est terminé — c’est un featuring avec une super artiste américaine qui s’appelle Davionne. Un Slow Jam R&B comme je rêvais d’en faire depuis longtemps ! Et un autre titre Dance futuriste avec l’anglaise Thai Chi Rosè, qui défonce.
Un retour au podcast ou à une émission radio, c’est possible ?
J’aimerais beaucoup reprendre le micro pour partager de la musique — mais il faudrait que je retrouve un média adéquat pour faire ça dans les règles de l’art.
Interview réalisée à l’occasion de la sortie d’Autobody, cinquième album de Onelight, disponible sur toutes les plateformes de streaming… et bientôt également en format physique !

