Musique / Sorties musicales

Din Records : label de rap indépendant depuis la naissance (+ focus sur Tiers Monde)

Le label Din Records : du label de musique aux collections de vêtements

Originaire de la région du Havre et grand amateur de rap, j’ai toujours suivi de près l’actualité du label indépendant Din Records. Historiquement installé dans le quartier du Mont Gaillard, le label a su évoluer avec le temps et traverser les différentes époques du rap français. Initialement une simple association, Din Records est aujourd’hui une véritable structure : une vraie entreprise indépendante, qui n’est rattachée à aucune major (seule la distribution physique et digitale est externalisée). Chaque projet est autofinancé (tous les albums sont enregistrés dans leur studio). Din Records ne profite donc pas de la puissance financière d’un grand groupe. Une prouesse quand on connait la crise qu’est en train de traverser l’industrie musicale.

logo Din Records

Les artistes du label et leurs textes sont aux antipodes du rap bling bling. Un rap conscient donc (même trop pour certains), où le contenu compte autant voire plus que la forme (on a détecté quasiment aucune trace d’autotune !). Dans chacun des textes des rappeurs, il y a une vraie volonté d’éveiller l’esprit de l’auditeur, de le sensibiliser sur certains sujets. On retrouve cet état d’esprit dans le slogan du label « Le Savoir Est Une Arme », qui illustre parfaitement l’objectif des artistes : apporter une vraie réflexion sur la société.

Le morceau « Don’t Panik » du rappeur Médine invite les gens à laisser de côté leurs préjugés
« L’école de la vie », un de mes morceaux préférés (les plus avisés reconnaîtront le pont de Tancarville)

Médine, longtemps l’artiste le plus mis en avant, participe à de nombreux débats et tables rondes sur des questions diverses et variées (place de la femme dans la société, place de l’Islam en France…), et fait partie de ceux « qui pensent qu’on peut changer le monde avec un morceau de rap ». Il s’est même entretenu avec le directeur de l’IRIS (Institut de Recherches Internationales et Stratégiques) Pascal Boniface. Ces entretiens ont récemment été recueillis dans l’ouvrage Don’t Panik, disponible ici.

livre médine boniface

Couverture du livre édité aux éditions Desclée de Brouwer

Din Records a aussi su diversifier ses activités en lançant une marque de prêt à porter Le Savoir Est Une Arme. Plus qu’une envie de limiter sa dépendance à la musique en créant une nouvelle source de revenus, la marque LSA est une manière de véhiculer encore plus facilement l’ADN et l’esprit Din Records. Les pièces des collections LSA sont donc un levier de communication supplémentaire pour le label. Une boutique a même ouvert au Havre.

lsa wear

Photo issue du dernier look book de la collection LSA wear

Le label fête cette année son 15ème anniversaire. C’est aussi une année charnière car l’objectif est de faire éclore de nouveaux artistes et de les imposer sur la scène rap française. Parmi eux, Tiers Monde est le premier à dégainer son album « Toby Or Not Toby » (disponible le 14 avril).

TIERS MONDE : de Bouchées Doubles à l’album solo (en passant par la mixtape)

J’ai découvert Tiers Monde à l’époque où il formait avec Brav, le groupe de rap « Bouchées Doubles ». Bouchées Doubles, c’est deux albums : Matière Grise et Aparthéid (tous deux dispo dans cette réédition collector ici). Le morceau « On y revient » et l’entrée de Tiers Monde m’avait mis une grosse claque « J’porte la tess sur les épaules, fiers comme d’un cuir Gucci ». Le morceau Végéta m’avait lui aussi beaucoup marqué à l’époque. Le flow rapide et technique de Brav et Tiers Monde était soutenu par des productions de très bonne factures signées Proof (beatmaker attitré du label).

« Contraste », un des rares morceaux mis en images du groupe

La mixtape « Black To The Future »

En 2012, il débarque en solo avec sa mixtape Black To The Future. Une première approche qui lui permettait de préparer le terrain pour la sortie de son album. En effet, méconnu du grand public, il lui fallait « s’introniser ». La mixtape était donc le choix le plus logique pour ce faire. Un projet qui avait été annoncé avec humour sous la forme d’un épisode de « Bref ». Une initiative inédite dans le monde du rap hexagonal !

tiers monde black to the future

Le détournement de l’émission « Bref » pour annoncer la sortie du projet avait été judicieux

La chanson « Black To The Future » a permis à Tiers Monde d’aller chercher un nouveau public, pas forcément connaisseur de son travail antérieur. L’association avec Dadju (du collectif Wati B) fonctionne parfaitement, et l’utilisation (modérée !) de l’autotune permet au refrain de bien s’imprimer dans nos têtes.

Un clip haut en couleur pour le morceau Black To The Future

L’album Toby Or Not Toby (sortie prévue le 14 avril)

Aujourd’hui, Tiers Monde revient en solo sur le devant de la scène avec son premier album Toby Or Not Toby, en référence au roman d’Alex Haley « Racines » où le personnage principal Toby est esclave dans une plantation de tabac.

L’auteur a remporté pour cet ouvrage le prix Pulitzer en 1977. Cette même année, le roman a été adapté en série télé et diffusé sur ABC : à l’époque, c’était la première série télévisée aux Etats-Unis abordant le sujet de l’esclavagisme et du racisme.

alex haley

Toby Or Not Toby c’est donc un album de 13 tracks, avec des featurings de Alivor (nouveau membre de l’écurie Din Records), Soprano, et Thelma (une jeune chanteuse havraise). L’album est entièrement produit par Proof, excepté pour deux productions signées Général (le petit frère de Proof) et Richie Beats du label Golden Eye Music Group (à découvrir dans son interview pour l’abcdr du son ici).

Il a fallu un peu moins d’un an à Tiers Monde pour finaliser ce premier album. Le premier extrait « Salaam » annonçait déjà le retour du MC toujours armé de punchlines percurtantes « Salaam à mon hood mais dans quel paradoxe vit-on ? Toucher les aides sociales habillé en Louis Vuitton » et nous faisant découvrir une autre partie de sa palette artistique avec un flow plus « reggae » sur la fin du morceau.

Second extrait : « Phoenix », qui a été mis en image par Jean Luc Herbulot. Il met en scène Tiers Monde avançant progressivement dans une rue et repoussant un à un les ennemis qui se mettent en travers de sa route.

Le clip me fait penser au jeu de combat emblématique Street of Rage de Sega

Pour avoir pu écouter l’album en avant première, je peux vous dire que ce premier album solo Toby Or Not Toby est de très bonne qualité. On retrouve un Tiers Monde fidèle à lui même avec des punchlines incisives, celle d’un MC déterminé « J’veux un cercueil vertical car j’vais mourir debout ». Il a même pris certains risques artistiques (on n’en dira pas plus) qui donnent plus de volume à son travail et lui permet d’explorer de nouveaux horizons.

Tiers Monde a même lancé un jeux concours pour les beatmakers. Il invite ces derniers à télécharger les paroles acapella de Phoenix (lien disponible dans la description de la vidéo Youtube) et à remixer le morceau (en 67 bpm). Les remix sont à envoyer à l’adresse suivante : tiersmix@gmail.com. Les deux meilleurs mix seront publiés sur la chaîne youtube Din Records.

En attendant le 14 avril, vous pouvez suivre les Molo Bolo Session qui vont rythmer l’actualité du MC jusqu’à la sortie de l’album. « Molo Bolo » c’est une expression qu’utilise Tiers Monde depuis ses débuts et dont très peu de personnes connaissent la véritable signification. Il invite donc son entourage et ses fans à lui soumettre des propositions qu’il met ensuite en image.

Molo Bolo session #0
Molo Bolo session #1
Dans ces sessions Molo Bolo, on retrouve une nouvelle fois la touche d’humour de Tiers Monde déjà présente dans son épisode de « Bref ».

On vous reparle prochainement de Din Records, de Tiers Monde et des autres rappeurs du label. D’ici là, n’hésitez pas à aller liker la page facebook de Din Records et de Tiers Monde.

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