Maluca & Nguzunguzu sont de retour avec « Stimulus »

À l’heure de la mort de Bernard Stiegler, magnifique penseur de la technique et du monde contemporain traversé par la production machinale de désirs dans nos corps par les mécanismes du capitalisme intégré, à l’heure où partout tout continue de ne pas cesser de s’effondrer sans s’effondrer, à l’heure où partout, il fait entre 30 et 45 degrés,  on ne peut pourtant pas dire qu’outre les tubes d’Aya Nakumara l’été soit fleurit ou séché de sorties vraiment très repérables ou marquantes. 

Globalement depuis que le monde n’en finit pas de changer post-confinement, on peut un peu se dire et s’étonner de voir que rien ne semble vraiment ni changer ni se produire de tout à fait neuf, même si ça n’est pas vraiment une surprise, personnellement j’attendais une avalanche de sorties dingues et folles dans la musique, mais que non, on traverse plutôt un plateau.

J’exagère il y a quand même eu ce magnifique morceau pop dance 2000’s de Thanas, « Attends », qui réussi là où la Darude butte un peu,  à produire un tube pop des années 2000 qui a digéré 2020 et internet.

Bref, on manque de tubes, mais dans cette période ni meilleure ni moins bonne qu’une autre, dans ce plateau où tout se vaut, il y a quelques frémissements bien intéressants comme ce petit EP Stimulus, qui fait se croiser deux daron.ne.s de l’hybrid club alias Nguzunguzu, les maîtres incontestés de la prod et du dj set depuis bientôt dix ans a l’influence incontestable, et la rappeuse visionnaire originaire de République Dominicaine Maluca. Une rencontre comme New York sait les créer. 

On a donc d’un côté une rappeuse qui a, entre autres choses, chanté pour Diplo et sorti quelques titres sur son label Mad Decent et de l’autre, les pionniers du renouveau électronique, Nguzunguzu, piliers de Fade To Mind.

La première fois qu’on est tombé sur Maluca, il y a déjà plus de dix ans, c’était à l’occasion de ce tubesque single El Tigueraso produit par Diplo. Un morceau qui est toujours dans nos clefs USB, armée secrète ultime et indémodable à 160BPM. Un single sur lequel on retrouvait d’ailleurs un remix très bien senti de Nguzunguzu justement.

Revenons à notre actualité. Chose plaisante dans Stimulus, il s’agit bien d’un EP réalisé entre les deux entités et non d’un assemblage de différents morceaux de chacune des entités. Autre chose plaisante, le chant en espagnol est pratiquement omniprésent ce qui n’est pas pour nous déplaire chez Couvre x Chefs. Une telle collaboration nous rappelle également avec plaisir le banger reggaeton « Vernáculo » chanté par Maluca sur le (malheureusement) seul album du super groupe Future Brown (Nguzunguzu + J-Cush + Fatima Al Qadiri, Warp, 2015).

Globalement, Stimulus aurait pu sortir en 2010, mais peut-être pas avec cette hybridité là. C’était plutôt le moment shuffle du brassage permanent. Là, on sent vraiment une maîtrise dans les productions, Stimulus s’enchaine comme une mixtape et il en gagne en force. Pour définir le style de l’EP on pourrait dire Hybrid Club/R’n’B/Rap. Et c’est bien suffisant pour s’y plonger. En tout cas on est pas forcément loin de certaines productions de Bad Gyal mais sauce hybridée, et pas non plus trop loin des dernières productions du maître du R’n’B Kingdom, dont le dernier titre « No More Same » produit avec LUVK au chant est une tuerie. 

Maluca, courtesy NA DJ

Il n’y a pas forcément à dire plus ou dire moins sur Stimulus, il a le mérite de bien porter son titre et de nous avoir un peu remué d’un long marasme sans joie musicale à titre tout personnel. 

Et bonus, l’achat numérique de l’EP vous permettra d’agir concrètement pour deux choses plus qu’importante en cette période troublante et troublée, la vie des femmes et hommes trans noir.e.s aux USA, et de permettre aux victimes de l’explosion de Beyrouth de recevoir des produits de premières nécessités. En espérant que cette apocalypse finisse par s’achever au lieu de retenir sans cesse sa propre fin. 

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